soldat écrivant une lettre

Musarderie #0 — Parce qu’il faut un premier

Souvent, sur le net, ces voix qui nous disent : "À quoi bon encore écrire ?"
Partout, des mots, des articles et des billets, qui s'accumulent, et qui s'interrogent. Pourquoi encore prendre la peine d'être un son de cloche dans un immense brouhaha ?
Fallait-il vraiment commencer à écrire ici ?

1.

Infobésité, information-overload (1), les termes ne manquent pas pour faire référence à cette pénurie de temps qui caractériserait notre monde moderne. À un tel point que naissent les mouvements du slow media (2) & (3), œuvrant au ralentissement de nos montres et de notre continuelle course à la vitesse, notre besoin de « danser de plus en plus vite simplement pour rester en place, ou courir aussi vite que possible pour rester au même endroit. » (4)

2.

Et là où des centaines de générations ont écrit sur des carnets, les nôtres écrivent directement sur le web, proposant du contenu à la vue de tous. D'où cet immense paradoxe : nous avons tous envie d'écrire, tout en sachant que nous avons moins de temps pour lire. Notre envie d'écrire peut-elle continuer d'exister, dans un environnement où nous n'avons plus le temps d'écrire, et encore moins celui de lire ?

3.

La question est juste, à dire vrai. Mais pas vraiment actuelle. Elle torturait déjà ce cher Artaud, et il avait sa réponse : "J'ai débuté dans la littérature en écrivant des livres pour dire que je ne pouvais rien écrire du tout. Ma pensée, quand j'avais quelque chose à dire ou à écrire était ce qui m'était le plus refusé. Je n'avais jamais d'idées et deux très courts livres, chacun de soixante-dix pages, roulent sur cette absence profonde, invétérée, endémique, de toute idée." Alors peut-être, qu'au fond, on en est là. Bien loin de son talent, c'est sûr. Mais sûrement que dans tous ces signes il n'y a rien qu'une absence, portée par l'envie humaine d'écrire, de laisser des traces de façon courte et sans schéma à long terme. Comme l'envie de participer au grand maelström, dans la précipitation du web. Et peut-être, en bout de course, la sérendipité nous guidera-t-elle au bon endroit.

Liens :
(1) Simon — Designing Organizations for an Information-Rich World
(2) Slow media manifesto
(3) Petit guide du slow media à l’usage des lecteurs pressés
(4) Rosa — Accélération : une critique sociale du temps